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«50% pour, 50% contre» : un témoignage

par Léo-Paul Desaulniers,
président du Mouvement

[Chronique parue dans le journal AUTOUR DE L’ÎLE, juin 2014]

C’est un jeune entrepreneur de l’île, il est habile de ses mains, j’aime le voir travailler. À brûle-pourpoint je lui pose la question : «Et vous, l’idée de faire de l’île d’Orléans une seule municipalité, vous en pensez quoi?»

Il suspend son geste, il pèse ses mots : «Oui, me dit-il, je serais bien d’accord avec cette idée-là, mais voyez-vous je suis 50% pour et 50% contre».

La réponse nous fait rire tous les deux, ensuite il m’explique que son «50% pour», c’est parce qu’il aimerait que l’île d’Orléans parle d’une seule voix, pour s’adresser aux gouvernements : «On serait en bien meilleure posture pour obtenir notre part des programmes gouvernementaux, pour obtenir de l’aide aux entreprises, pour faire quelque chose en faveur des jeunes qui veulent vivre à l’île, élever leur famille…»

Et son «50% contre»? «Ce qu’il y a, dit-il, c’est que je ne voudrais pas voir disparaître les groupes qui font des choses dans le village, qui s’occupent des loisirs, les comités d’embellissement, les organismes qui aident les vieux, les bénévoles à la bibliothèque…»

Cette réticence-là surgit souvent quand on parle de fusionner les municipalités : les gens ont peur que leur village y passe! Peur qu’il n’y ait plus de services de proximité, qu’il n’y ait plus de vie communautaire!

Pourtant… Moi qui souhaite les fusions municipales, mon village restera mon village, et je le veux vivant, avec ses commerces, son club des aînés, la patinoire, la pétanque, les Fermières, des corvées de voisins pour réparer le mur du cimetière…

Il y aura les villages (réalités géographiques et humaines), il y aura la municipalité de l’île (entité administrative). Que mon village ne forme plus une municipalité à lui tout seul ne lui fera rien perdre de ce qui fait le village. Les bénévoles ne perdront pas leur générosité, le voisinage va rester le même, les lieux de rencontres et de loisirs ne disparaîtront pas.

Je ne sais pas si j’ai réussi à faire sortir mon jeune ami de sa position 50-50, mais la conversation a été bonne. Il a fini par me dire, énigmatique : «Ben là, si c’est comme ça…»